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Guillermo Del Toro avait placé sa confiance en Marco Beltrami depuis Mimic, en 1997, pour illustrer musicalement sa filmographie hollywoodienne. Un choix alors logique, le style post-moderniste du compositeur s’accordant merveilleusement avec l’œuvre du cinéaste, à la fois visionnaire et s’inscrivant dans les grands thèmes classiques du cinéma fantastique.
Après sa seconde pause auprès de Javier Navarrete (Le Labyrinthe de Pan), on s’attendait à ce que Del Toro poursuive sa collaboration avec Beltrami sur Hellboy II : The Golden Army, d’autant que ce dernier avait su mettre en place un riche univers thématique sur le premier opus. Des leitmotivs traités non sans intelligence, le grand rouge héritant lors du final du thème de son « père », le professeur Broom, les cuivres épiques succédant au piano et aux cordes utilisés en premier lieu. Oublié, pourtant, le travail effectué par Beltrami. Effacé, même, puisque pour des raisons encore inconnues (pour nous être entretenus avec le compositeur il y a quelques années, il y a fort à parier que son manque profond d’intérêt pour le cinéma en général, et de genre en particulier, ne soit pas étranger à l’affaire), Guillermo Del Toro a préféré mettre le holà, et se payer les services de Danny Elfman. Un maestro reconnu pour sa cinéphilie dévorante, son amour pour les grandes partitions gothiques, sa caractérisation bouleversante des freaks en tous genres (Batman le défi) et son génie absolu dans le registre du conte de fée macabre (Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow). L’homme de la situation, en somme.
A la demande de Del Toro lui-même (comme Elfman l’expliquera dans une interview prochainement publiée dans votre revue favorite), le compositeur a donc fait table rase de la dramaturgie orchestrale de Beltrami, et a littéralement repris la franchise à zéro. Rien de rien n’a subsisté, pas même le thème du générique, sans doute le morceau le plus reconnaissable du score original. Poussé à livrer une œuvre personnelle, profondément ancrée dans ses chefs-d’œuvre passés (on entend des mesures entières de L’Etrange Noël de M. Jack, les trompettes citent des cadences de Spider-Man, etc.) voire dans la discographie de son idole Bernard Herrmann (le theremin du Jour où la Terre s’arrêta répond présent et l’utilisation des cordes aigues dans In the Army Chamber rappelle clairement Psychose), Elfman aborde la bande originale de Hellboy II dans une évidente bonne humeur, qui l’amène à se lâcher régulièrement sur les orchestrations et les accompagnements. Ainsi les morceaux d’action pullulent, usant des cuivres avec une énergie jubilatoire (Where Fairies Dwell et ses vibratos puissants) et des cordes avec un art consommé de la rythmique endiablée (le thème du B.P.R.D., audible dans Hellboy II Titles, et la piste Market Troubles évoque dans l’écriture les Main Titles de Men in Black et Mars Attacks !). Porté par les orchestrations toujours impeccables de Steve Bartek, la B.O. de Hellboy II est donc loin de faire peine à entendre, atteignant son paroxysme spectaculaire avec In the Army Chamber, suite de près de six minutes opposant frénétiquement le motif des héros aux accords plaqués de l’Armée d’Or.
Tout inventif et éclectique soit-il dans ses textures (les violons pastoraux de l’introduction, le jazz semi-parodique de Hallway Cruise, les chœurs germaniques de Mein Herring, les percussions déchaînées de Father and Son, l’utilisation ultra-SF de sopranes dans A Troll Market…), Hellboy II déçoit malheureusement dans son écriture mélodique. Un comble pour Danny Elfman, qui peine ici à imposer un leitmotiv réellement fédérateur. A ce niveau, le score a de quoi rougir, ô surprise, de la comparaison avec celui de Beltrami, pourtant bien moins virtuose d’un strict point de vue rédactionnel. Ecrit avec une passion et une gourmandise orchestrale évidentes quelque soit le morceau, Hellboy II : The Golden Army aurait peut-être gagné à se poser davantage, et à user de ses rares moments de calme (A Link, A Big Decision, A Choice) pour creuser ses personnages. Restent quelques pistes mélodiques intéressantes (les ostinatos du générique, comme évoqué plus haut) qui, on l’espère, trouveront un écho réellement convaincant dans le désormais inévitable troisième épisode. Del Toro ayant entamé la production du diptyque Bilbo le Hobbit, Danny Elfman dispose d’à peu près cinq ans pour se préparer à la chose…
Alexandre Poncet
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