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« J’ai dit à George Lucas qu’il était cinglé, qu’il avait dans ses mains un scénario fantastique. On peut dire ça à George, et il ne clignera même pas des yeux. C’est l’un des hommes les plus butés que je connaisse. »
En quelques mots, Frank Darabont vient de résumer sans le savoir toute la croisade qu’a représenté la pré-production du quatrième volet des aventures d’Indiana Jones, projet sur lequel Spielberg, Ford et Lucas planchent depuis 1994. Quatorze années de Developpement Hell donc, durant lesquels se succèderont officiellement cinq scénaristes : Jeb Stuart (Piège de cristal, 48h de plus), Jeffrey Boam (La Dernière Croisade, L’Arme fatale 3), Frank Darabont (Les Evadés, The Mist), Jeff Nathanson (Arrête-moi si tu peux, Le Terminal) et David Koepp (Jurassic Park, Spider-Man). Jouant aux chaises musicales jusqu’à l’épuisement, ces fortes personnalités se frottent bientôt à un handicap de poids au-delà des pressions d’usage : George Lucas les contraint à mettre en forme l’histoire qu’il a lui-même imaginée au lendemain de La Dernière Croisade, et les autorisations de sorties de route sont toutes relatives. Cette histoire si chère à Lucas n’évolue guère sous le sceau du secret, le script bouclé en 1995 par Jeb Stuart arborant un titre équivoque : Indiana Jones and the Saucer Men from Mars. L’homme au fouet contre des soucoupes volantes ? Une idée a priori farfelue, mais qui selon Lucas représente l’approche la plus logique pour un Indiana Jones situé dans les années 1950. Malgré les réserves de Steven Spielberg (qui ne déborde pas d’envie de réaliser un quatrième opus) et surtout d’Harrison Ford, dont le rejet absolu du concept enterre dans l’œuf le pavé de Stuart, George Lucas n’en démord pas. Mais si le choix des Aliens en guise de McGuffin doit tenir Ford écarté du projet, alors l’auteur de Star Wars acceptera d’aborder le sujet par voie détournée.

Après huit années de sur-place, Lucas avalise la décision de Steven Spielberg d’embaucher Frank Darabont, cinéaste de grand talent (Les Evadés) doublé d’un amateur averti du cinéma des fifties, comme en atteste le script formidable du Blob de Chuck Russell. Une collaboration que Spielberg se remémore la larme à l’œil : « Nous avons eu de nombreuses réunions passionnantes au cours desquelles on a fait en sorte d’utiliser autant d’idées de George que possible, en ajoutant bien sûr beaucoup de mes propres suggestions. Frank avait un grand nombre d’idées très originales et il a énormément apporté au scénario. Il m’a remis une première version dont j’étais très satisfait, intitulée Indiana Jones and the City of the Gods. C’est donc avec une grande fierté que j’ai envoyé à George le travail de Frank, mais cela ne correspondait pas à ce que George avait en tête pour ce quatrième Indiana Jones. » Le choc et donc soudain, et résonne encore de toute sa puissance dans la caboche de Darabont. « J’ai gâché une année de ma vie sur ce film, déclare-t-il pendant le tournage du Royaume du Crâne de Cristal, fin 2007. Cette expérience restera comme la pire de ma carrière. Ca m’a montré à quel point les choses peuvent s’envenimer. Je me suis dévoué corps et âme pendant un an à quelque chose qui me passionnait au plus haut point, j’ai pu travailler de très près avec Steven Spielberg et le résultat était à mon avis exceptionnel. Steven voulait en faire son prochain film, puis tout est tombé à l’eau parce que George n’aimait pas le script. » Chargé d’ondes négatives et sorti désabusé de ce remerciement, Frank Darabont décide l’année suivante de se défouler avec The Mist, dont la noirceur abyssale semble traduire avec une belle fidélité son humeur du moment.
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