LA CHAIR À L'ENVERS
LA CHAIR À L'ENVERS

Dans le petit monde des maquilleurs, on trouve les rois de l’animatronique (Stan Winston, Tom Woodruff et Alec Gillis), les enquilleurs d’effets gore (Kevin Yagher, Tony Gardner), les grands prêtres du photoréalisme (Rick Baker, Greg Cannom) et enfin, les visionnaires un peu tordus. Seuls quelques noms traînent dans cette dernière catégorie, parmi lesquels Rob Bottin et un japonais répondant au nom un peu singulier de Screaming Mad George.

Drôle de parcours que celui de Screaming Mad George. De son vrai nom Joji Tani, cet artiste japonais né en octobre 1956 s’exile très jeune aux États-Unis. Sachant que le légendaire Dick Smith a l’habitude de former gratuitement les maquilleurs débutants mais motivés, il lui rend une visite qui va sceller sa carrière et lui ouvrir quelques portes. Après s’être fait la main sur quelques courts-métrages obscurs tel que The Bogus Man de Nick Zedd en 1980, Joji Tani accède vite à des projets alléchants. Au sein de la société Boss Film, fondée par l’ancien d’ILM Richard Edlund et dissoute en 1997, il contribue au milieu des eighties aux effets visuels de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin de John Carpenter et Poltergeist 2. Puis, accueilli chez Stan Winston, il conçoit les maquillages gores du Predator de John McTiernan, parmi lesquels le fameux buste transpercé au laser de Jesse Ventura, et une pléthore de corps dépecés. Parallèlement, soit en 1986, celui qu’on nomme déjà Screaming Mad George appose discrètement sa patte à Freddy 3 – Les griffes du cauchemar, via des effets qui lui vaudront deux ans plus tard de signer la séquence la plus barge du Cauchemar de Freddy de Renny Harlin, durant laquelle une jeune femme athlétique perd ses membres les uns après les autres pour se transformer en cafard géant, bestiole que le croque-mitaine écrabouillera nonchalamment en fin de course. L’effet de transformation, consistant en une multitude d’étapes, est simple mais hautement spectaculaire : les bras arrachés (dont la consistance de viande est incroyablement bien rendue) sont de simples prothèses ; les mandibules et autres pattes disproportionnées, sont attachées à l’actrice grâce à un harnais, et c’est elle qui simule les mouvements ; puis le corps réel disparaît peu à peu au profit de reproductions en fibre de verre télécommandées par le maquilleur, seule la tête de l’actrice Brooke Theiss émergeant d’un faux plancher installé dans un coin du studio. Riches en substances gluantes et incroyablement imaginatifs, ces trucages relativement bon-marché créent un véritable buzz autour de leur concepteur. Tandis que Screaming Mad George enchaîne les piges, aussi prestigieuses soient-elles, comme un job de sculpteur d’extraterrestres sur Abyss de James Cameron, Brian Yuzna, le roi de la série B satirico-fauchée, est le premier à vraiment réagir et à s’assurer les services à long-terme du prodige. Il aurait eu tort de s’en priver, la symbiose créative entre Yuzna et Tani s’avérant, sur Society (1989) tout à fait comparable à celle de John Carpenter et Rob Bottin sur The Thing. Révélés plein cadre lors d’une demi-heure finale dantesque, au sens premier du terme, les trucages de Screaming Mad George (dont des humains fornicateurs retournés comme des chaussettes lors de séances de fist-fucking sauvages) relèvent de la coréalisation, sa vision surréaliste de la chair appuyant à merveille le propos politiquement chargé du metteur en scène. « Je partage une vraie fascination pour le surréalisme avec Screaming Mad George, explique Yuzna. Le poster original de From Beyond est une peinture de Dali, et l’orgie finale de Society est un véritable hommage à cet artiste. Au-delà de ça, George est aussi du genre à apporter des images terriblement évocatrices. Même si elles ne se fondent pas a priori dans la logique de la narration, je ne les mets jamais de côté. J’essaie plutôt de leur trouver une place, en modifiant mon propos en fonction de leur logique esthétique. Voilà pourquoi Society appelle des réactions aussi étranges qu’euphorisantes. J’ai beau être un grand fan de films d’horreur, je dois admettre que ce long-métrage ne rentre pas vraiment dans les codes du genre. Ça m’a causé pas mal de soucis à l’époque (imaginez la tête des acheteurs), mais la qualité des images conçues par Screaming Mad George reste le plus important, au bout du compte. »
Partager
(5) Commentaires
Réaction de Le Toursiveu le 03/09/2009 à 13h03
Voilà un artiste au talent immense qui mériterait bien son interview carrière dans Mad Movies.
Par contre après un petit tour sur imdb on se rend compte que depuis Boy In the Box en 2005 - un court métrage que personne n'a vu - Screaming Mad George n'a plus rien fait.
C'est un peu dommage qu'il soit resté durant toute sa carrière dans le giron de Brian Yuzna (avec des sommets comme Society et Re-Animator 2) mais n'ait jamais été employé par d'autres réalisateurs un peu plus prestigieux. Yuzna je l'aimais énormément au début mais depuis le pathétique Rottweiler il aurait tendance à enquiller les séries Z. Le talent de Screaming Mad George était très sous-exploité dans ce Beyond Re-Animator assez marrant mais, malgré le combat entre le rat et la bite du générique de fin, moins barré que ses deux prédécesseurs!

A quand un vrai retour en forme des deux hommes?
Réaction de Alexandre Poncet le 03/09/2009 à 14h01
CITATION(Le Toursiveu @ 03 9 2009 - 12:03) (source)
Voilà un artiste au talent immense qui mériterait bien son interview carrière dans Mad Movies.


On y travaille rolleyes.gif
Réaction de tarzoon le 03/09/2009 à 14h28
Ca serait vraiment terrible si vous pouviez ajoutez des legendes aux photos.
Je reconnais deux films Mutronics et Society...pour ce qui est des autres j'imagine qui doit y avoir des photos de la serie des reanimators.
Réaction de francky le 03/09/2009 à 17h02
Je ne connaissais pas, merci pour ce portrait Mr Poncet.
Réaction de axleu le 23/04/2010 à 00h45
http://www.smgfx.com/