IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE
IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE
Neuf ans après From Hell, les frères Hughes reviennent avec Le Livre d'Eli, un western post-apocalyptique qui se détache très rapidement de ses illustres références. Même si Mad Max et Sergio Leone viennent souvent en tête par la force des genres abordés, Le Livre d'Eli suit son propre chemin, en évitant brillamment les écueils placés sur sa route.

Avec seulement quatre longs-métrages en 17 ans de carrière, on pourrait croire que les frères Hughes prennent leur temps. Il y a cependant fort à parier que les deux cinéastes jouent leur intégrité artistique à chaque projet, et c’est pourquoi ils semblent avoir du mal à les monter financièrement. Le Livre d’Eli est leur plus gros budget à ce jour, et le fait qu’il s’agisse d’un film d’anticipation post-apocalyptique (un sous-genre aux codes spécifiques et incontournables) ne l’empêche pas pour autant d’être un projet casse-gueule à plus d’un titre, notamment à travers les principaux thèmes traités. Une bombe nucléaire a déchiré le ciel des États-Unis. Depuis 30 ans maintenant, Eli (Denzel Washington) parcourt seul les routes du pays déserté, avec un instinct de survie qui l’oblige souvent à recourir à la violence. Et pour cause, il porte dans son sac un livre spécial, qui pourrait bien changer la face du monde. Sur son chemin, il croise l’impitoyable Carnegie (Gary Oldman), qui mesure l’importance du livre et va tout faire pour mettre la main dessus.
On le comprend, Le Livre d’Eli traite donc de religion, et principalement de foi. Ici, le thème est évidemment lié au parcours héroïque et littéral du protagoniste principal, guidé dans ses actions par ses propres convictions. En soi, il faut reconnaître que le principe est plutôt couillu dans le cadre d’un film d’action où l’anticipation renvoie bien sûr aux préoccupations de notre époque. Comme c’était déjà le cas dans Menace II Society, Génération sacrifiée et From Hell, les cinéastes abordent ces thèmes sous l’angle d’une analyse sociétale. Étant donné que Le Livre d’Eli prend la forme évidente d’un western à l’ancienne, il devient clair que les frères Hughes font écho aux ramifications religieuses qui ont bâti leur propre pays à l’époque du Far West, sans pour autant condamner la foi qui anime le personnage principal, tant s'en faut. Pour nous autres spectateurs européens aux notions laïques, le fait d’aborder le sujet sous cet angle et de nous demander de nous identifier à un protagoniste prophétique pourrait figer le film dans une posture mystique que notre esprit cartésien ne saurait pleinement valider. Pourtant, le thème principal va de pair avec le contexte mis en place par les deux réalisateurs, qui prennent soin de retranscrire de façon adéquate la déperdition de cet univers futuriste pourtant familier. Comme c’était déjà le cas dans leurs trois précédents longs-métrages, ils abordent ainsi la violence inhérente au genre de la façon la plus frontale possible. Cette radicalité, cette intégrité plutôt rare dont nous parlions plus haut, les éloigne d’une quelconque approche bondieusarde, à plus forte raison que les frères ne cherchent jamais à « prêcher la bonne parole », comme on dit. Excellent film d’action par bien des aspects (les frangins ont clairement du métier dans le domaine, même si on ne les sent pas totalement à l’aise dans l’exercice du « money shot » numérique) et œuvre d’anticipation à l’imagerie persistante (voir le traitement brûlé du ciel) et aux résonnances historiques (l’un des personnages siffle le thème d’Il était une fois en Amérique de Leone, est-ce un hasard ?), Le Livre d’Eli se transforme en véritable drame émouvant dans sa dernière partie, sans jamais forcer l’empathie. On ne pourra pas empêcher certains d’y apposer leur grille de lecture habituelle. Tant pis pour eux, car les autres se mangeront un vrai film de SF comme il en existe finalement trop peu. Il n’y a pas à dire, l’année 2010 commence très fort !
Stéphane Moïssakis
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(8) Commentaires
Réaction de cinema le 28/01/2010 à 11h54
Je suis surpris que tu apprécie ce film Stéphane Moissakis ! C'est kistch, une esthétique clip des années 90, et le scenario est(mal) écrit par un conseiller évangéliste de Bush. Et le twist final??? quelle arnaque!.Je précise que je l'ai vu avec une chrétienne (qui lit la bible plusieurs fois par semaine) et qui à trouvé le film pas terrible pour les même raison...Mad Max revient!
Réaction de heathcliff le 27/01/2010 à 09h54
Western post-apocalyptique? Bullshit! La vraie nature du film se révèle avec l'apparition de Solara. Ahhhh! Solara... ha! ha! ha! ha! ha! j'en ris encore. Allez les frangins, faites-nous d'autres comédies, j'avais pas autant rigolé depuis Brunö. hi! hi! hi! hi! hi!
Quelqu'un a un mouchoir?
Réaction de VinceTheCrock le 20/01/2010 à 12h41
CITATION(Cooper @ 19 1 2010 - 19:35) (source)
CITATION(Alexandre Poncet @ 19 1 2010 - 17:04) (source)
CITATION(Cooper @ 19 1 2010 - 16:28) (source)
CITATION
car les autres se mangeront un vrai film de SF comme il en existe finalement trop peu


Bon papier mais quitte à tatillonner je vois pas trop en quoi le film est un film de SF blink.gif


Aux dernières nouvelles, l'anticipation est un sous-genre de la science-fiction. Et le contexte post-apocalyptique rentre dans le cadre de l'anticipation...


Ok autant pour moi, j'ai du mal à labeliser le film SF c'est pour ca, le terme signifie autre chose dans mon esprit.


Pour faire court, la SF est un "genre narratif" (on va dire) grâce auquel tu vas raconter une histoire basée sur des hypothèses. Mais des hypothèses plausibles. En gros la SF c'est une interpolation sur des événements, des faits, des actions (la plupart du temps dans l'avenir) en partant de connaissances actuelles comme la science, la technologie, etc...

Par exemple (et je vais soigneusement éviter les vaisseaux spatiaux et les films qui se passent dans l'espace que beaucoup de gens considèrent comme la seule forme de science fiction, si j'ose dire).

Terminator : Pour le moment, les cyborgs et l'intelligence artificielle telle qu'on les voit dans le film, ça existe pas. Mais, les robots ça existe : dans les usines de voitures, ou les jouets Toy's R Us style le chien qui fait demi tour quand il se cogne à un mur ou encore les aspirateurs automatiques (façon "l'Evadé du Futur" de M. Crichton, lol) ça existe... De plus, peu à peu les ordinateurs, l'informatique et tout évoluent (vers peut-être un jour de l'intelligence artificielle complexe et tout ça). Donc, on peut admettre qu'un jour ce type de robot à l'image de l'homme et ayant une intelligence artificielle propre et autonome puisse exister : science-fiction.

Un autre exemple très simple et qui rétrospectivement colle parfaitement à la notion de science-fiction c'est le livre "20 000 Lieues Sous Les Mers" de J. Vernes : le livre a été écrit en 1869 et parle d'un sous-marin qui fonctionne avec une énergie autonome, or le premier sous-marin autonome (genre qui embarquait sa propre source d'énergie sans que ça soit un mec qui pédale dans un tonneau [ce qu'était les premiers "sous-marins"]) a été inventé genre 30 ou 40 ans après le bouquin... Vernes a interprété les technologies actuelles (les sous-marins existaient déjà, mais c'était des engins très "primaires") en évoquant quelque chose de plausible ("un jour les sous-marins seront gros, autonomes, on sera plusieurs dedans, on pourra passer des jours entiers dedans et tout ça") et boum : 30 ou 40 ans plus tard ça s'est fait. Donc Vernes a anticipé l'histoire et la technologie en partant de technologies existantes au moment où il a écrit : anticipation : science-fiction.

Désolé pour le HS...

Sinon, j'ai beaucoup aimé le film : mise en scène vraiment impressionnante (le plan séquence pendant la fusillade devant la maison des vieux est top ! Et j'ai adoré le traitement accordé pour le premier combat sous le pont, vraiment mortel !!!), Denzel est formidable, la magnifique photo trouve une vraie justification et n'est pas là que pour faire beau, les scènes d'actions sont mortelles, le film n'est pas débile et arrive à trouver le juste équilibre entre l'histoire, les personnages, le déroulement des faits et le côté "actionner post-apo westernien" sans pour autant verser dans le B italien (sans que ça soit péjoratif hein, j'aime bien "Les Guerriers du Bronx" moi).
Réaction de Cooper le 19/01/2010 à 19h35
CITATION(Alexandre Poncet @ 19 1 2010 - 17:04) (source)
CITATION(Cooper @ 19 1 2010 - 16:28) (source)
CITATION
car les autres se mangeront un vrai film de SF comme il en existe finalement trop peu


Bon papier mais quitte à tatillonner je vois pas trop en quoi le film est un film de SF blink.gif


Aux dernières nouvelles, l'anticipation est un sous-genre de la science-fiction. Et le contexte post-apocalyptique rentre dans le cadre de l'anticipation...


Ok autant pour moi, j'ai du mal à labeliser le film SF c'est pour ca, le terme signifie autre chose dans mon esprit.
Réaction de Alexandre Poncet le 19/01/2010 à 17h04
CITATION(Cooper @ 19 1 2010 - 16:28) (source)
CITATION
car les autres se mangeront un vrai film de SF comme il en existe finalement trop peu


Bon papier mais quitte à tatillonner je vois pas trop en quoi le film est un film de SF blink.gif


Aux dernières nouvelles, l'anticipation est un sous-genre de la science-fiction. Et le contexte post-apocalyptique rentre dans le cadre de l'anticipation...
Réaction de Cooper le 19/01/2010 à 16h28
CITATION
car les autres se mangeront un vrai film de SF comme il en existe finalement trop peu


Bon papier mais quitte à tatillonner je vois pas trop en quoi le film est un film de SF blink.gif
Réaction de The flying Frenchman le 19/01/2010 à 14h33
CITATION
Pour nous autres spectateurs européens aux notions laïques,


Le papier est bien, mais Stéphane, tous les Européens n'ont pas une vision laïque du monde et du film. Je vis avec une Polonaise et j'habite en Europe de l'est depuis quelques années, je peux te dire que la vision laïque à la Française c'est pas une généralité. Puis ça sous-entend que par opposition les Américains ont tous une vision religieuse du film... Je suis pas sûr là (même si comme tu le dit, les frères Hugues font référence à la place de la religion du temps du far-west).
Bon, ça me donne quand même envie d'aller le voir ce flim
Réaction de stan corben le 19/01/2010 à 13h28
Merci pour cet excellent papier, ça donne envie de voir le film.