BIS, MONSTRES ET TROISIÈME AGE
BIS, MONSTRES ET TROISIÈME AGE
Discipline relativement récente à Hollywood, du moins dans son type d'organisation actuel, le maquillage spécial est vite devenu une affaire d'héritage. Rick Baker a ainsi mis le pied à l'étrier auprès du légendaire Dick Smith, Baker a ensuite enseigné à Rob Bottin et Greg Cannom, lequel a formé Kevin Yagher. A l'occasion de la sortie Blu-ray de L'Étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher, un retour s'imposait sur la carrière de Cannom, liée organiquement à celles de ses maîtres et disciples. Benjamin Button marque l’aboutissement, pour Greg Cannom, de plus de deux décennies de recherches au niveau des techniques de vieillissement d'acteurs. Célébré pour avoir ajouté une trentaine d'années au compteur de Gloria Stewart pour Titanic, Cannom est habitué aux cinéastes exigeants. « Avant de travailler sur Titanic,» se souvient Cannom. « J'ai entendu des histoires à propos de James Cameron, et j'ai eu un peu peur. Il s'est révélé être, au contraire, le type le plus gentil que l'on puisse imaginer, il est venu me voir chaque jour me remercier pour le maquillage de Gloria. » Aucune raison de s'inquiéter, donc, lorsque le perfectionniste notoire David Fincher vient frapper à sa porte pour L’Etrange Histoire de Benjamin Button. « Fincher est à mon avis quelqu'un d'absolument brillant. Je savais que le travail sur ce film serait extrêmement complexe, parce qu'il sait ce qu'il veut et ne mâche jamais ses mots. Si c'est mauvais, il vous dira que c'est mauvais. Fincher comprend très bien les limites du maquillage et ses aspects pratiques. J'ai fait des allers-retours incessants entre mon atelier et le bureau de David et Brad, lequel voulait un maquillage ultra-mince sans prothèses, en gros un truc théoriquement impossible à concevoir. Je savais que je devais donner le meilleur de moi-même sur ce film. C'était clairement le projet le plus important de ma carrière en terme de vieillissement. » Cannom sue sang et eau sur Benjamin Button, plus qu'aucun autre artiste excepté David Fincher. Remplaçant à la volée un autre maquilleur (son identité reste un mystère) grâce à un test incroyablement convaincant commandé par le cinéaste (le type de silicone utilisé, les textures et le rendu des couleurs se montrent en tous points supérieurs à la concurrence), Cannom reste lié 18 mois à la production. Après deux semaines de sculpture et de deux semaines de tests avec les acteurs à la mi-2006, le tournage peut commencer à la Nouvelle-Orléans en octobre de la même année. La présence de l'artiste est requise chaque jour des neuf mois de prise de vue. « On avait prévu depuis le départ d’utiliser des effets digitaux pour les stades les plus avancés du vieillissement de Brad Pitt, en scannant quelques sculptures de notre fabrication. J’ai donc assuré le design du personnage âgé de 76 et 68 ans avec l’aide de Miles Teves. Puis j’ai commencé à travailler sur le maquillage des 62 ans, puis ceux de 58 et 53 grâce à des prothèses plus subtiles. Au fur et à mesure qu’on descendait vers les 40 ans, on a utilisé des transferts pour les pattes d’oie et du silicone pour simuler l’élasticité de la peau. Au-delà, le maquillage tenait plus de la peinture. Pour l’anecdote, le maquillage des 62 ans a été réalisé directement sur le plateau, le premier jour où il devait être filmé, pour une scène sur le bateau de pêche. »
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