BAQUET DE SANG
BAQUET DE SANG

Il n’y a pas que le cinéma d’horreur français qui semble se réveiller de dizaines d’années d’hibernation. La bande-dessinée hexagonale semble elle aussi retrouver un second souffle, entre deux albums de blagues sur les blondes et les récits de chevaliers preux et naïfs. Et ils ne sont pas nombreux, ces petits courageux qui veulent nous faire trembler. Heureusement, Christophe Bec est de cette race-là, et entre l’abyssal Sanctuaire (Les Humanoïdes Associés), le survival Sarah (Dupuis) et aujourd’hui le hanté Pandemonium (Soleil), on aurait presque l’impression qu’il tente de rattraper tout le retard à lui tout seul. Sacré bonhomme !



Vous êtes un des rares scénaristes français de B.D. à écrire de l’horreur. Cela ne doit pas toujours être facile de convaincre les éditeurs de publier vos œuvres ?
Non, effectivement ce n’est pas toujours évident parce que du point de vue des éditeurs, le fantastique et l’horreur fonctionnent bien moins en bande-dessinée qu’au cinéma… Mais au final, depuis le succès de Sanctuaire, que j’ai créé avec Xavier Dorison, on a prouvé que c’était possible en proposant une alternative. Une manière de créer une tension sur papier. Depuis, c’est forcément un peu plus simple de proposer de nouvelles idées.

Les Japonais et les Américains choisissent justement le plus souvent de mettre en avant l’effet visuel, avec une horreur graphique prononcée, voire crue. Vous privilégiez surtout l’atmosphère avec une économie de dialogue, une lente montée de la tension qui pour le coup, produisent véritablement une réelle terreur à la lecture.
Je suis un véritable féru de cinéma fantastique, j’en ai bouffé pendant des années et des années, donc c’est un genre que j’ai parfaitement analysé au cinéma. Mais ça ne suffit pas. Il fallait que je réussisse à trouver des solutions qui sont propres à la bande-dessinée. On ne peut pas jouer sur l’effet de surprise, par exemple : le chat noir qui surgit de nulle part, la main qui se pose violemment sur l’épaule… Ça, forcément, ça ne marche pas du tout dans un album. On ne peut pas utiliser le principe de l’image furtive. En revanche, on peut créer une atmosphère angoissante. Je me souviens de certains éléments d’albums de Tintin qui, enfant, m’avaient impressionné, voire carrément terrifié.

Vous avez manifestement un véritable amour du cinéma fantastique. Est-ce que vos projets naissent de la découverte de ces films ?
Tout dépend. Sur la série Sarah publiée chez Dupuis, qui ressemble un peu à l’univers d’un Stephen King ou à une certaine école de l’horreur américaine, on peut vraiment parler d’hommage. Même si j’essaie d’amener par petites touches une certaine originalité. Il n’y aurait aucun intérêt à faire une énième suite de Massacre à la tronçonneuse. Sur Pandemonium, en revanche, la démarche est différente. J’ai découvert par hasard l’histoire de ce lieu, le sanatorium de Waverly Hills, qui a vraiment existé. Et là, au vu des nombreuses légendes qui entourent son histoire, le fantastique s’est d’emblée imposé.

Au départ, vous êtes à la fois illustrateur et scénariste. Pourtant, le plus souvent, et c’est le cas ici, ce sont soit d’autres illustrateurs qui travaillent avec vous, soit vous qui dessinez le scénario d’un autre.  Comment se fait ce choix ?
Au début de ma carrière, j’avais vraiment fait le choix de n’être que dessinateur. Je me trouvais plus mature un crayon à la main que pour l’écriture de scénarios. Idem pour les éditeurs qui me faisaient plus confiance pour mes planches que pour mes récits. Mais une nouvelle fois, le succès de Sanctuaire a ouvert de nouvelles possibilités pour moi. J’avais toujours eu envie de raconter mes propres histoires et j’ai profité de ces nouvelles portes ouvertes pour m’y engouffrer. Je savais que je n’aurais pas forcément le temps de tout illustrer moi-même, ce qui, en définitive, ne me pose pas trop de problèmes parce que j’aime les rencontres. J’aime confronter différents univers. De la même façon, je m’amuse tout autant lorsqu’il est question d’illustrer mes propres scénarios ou ceux des autres. Ça pimente vraiment un métier qui peut parfois être un peu laborieux et s’installer dans une certaine routine.



Ça ne doit pas être toujours facile d’avoir simplement le poste de dessinateur quand on a votre expérience de l’écriture. On doit avoir envie d’y ajouter un peu son grain de sel ?
De toute façon, lorsque je dessine, j’ai toujours tendance à m’accaparer les choses, comme pour Sanctuaire, qui n’était pas si sombre au départ. C’était plus un récit d’aventure, et j’ai poussé Xavier Dorison à y ajouter des éléments lovecraftiens. En revanche, je préviens à l’avance les scénaristes. Mais moi-même, en tant que scénariste, j’aime bien que le dessinateur bouleverse un peu ma vision des choses. Il s’avère qu’avec Stephano Raffaele, avec qui je travaille sur Sarah et Pandemonium, j’ai trouvé le complice idéal. C’est miraculeux : il met naturellement à l’image les idées que j’ai dans la tête. On s’est rendu compte en discutant que l’on avait les mêmes références, que l’on avait aimé les mêmes choses au même moment… C’est un peu le partenaire idéal.

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