|
La star de Je suis une légende, le réalisateur du Royaume, et un super-héros porté sur la bouteille nettement moins glamour que Tony Stark : on pouvait craindre une parodie beauf de la Marvel, et on se retrouve face à un blockbuster unique en son genre…
A la lecture du générique de Hancock, on se dit que le projet était, dès le départ, un sacré foutoir artistique. Jugez plutôt : un script co-écrit par Vince X-Files Gilligan, produit par des partenaires improbables (on a connu association plus cohérente que celle de Akiva Goldsman, Michael Mann, Jonathan Mostow et Will Smith, également star du film) et réalisé par le prometteur mais un peu surestimé Peter Berg : on ne dira jamais à quel point Le Royaume est influencé par le style de son producteur Michael Mann, et c’est sans doute à lui qu’on doit la présence de Berg sur Hancock, projet qu’on aurait plutôt imaginé confié à Brett Ratner. L’occasion était donc idéale pour juger si Berg est un yes-man techniquement très au point, ou un vrai cinéaste comme le prétendent certains. L’ouverture du film, d’une rare laideur, fout carrément les jetons, tant elle accuse une mauvaise gestion de l’espace et empile les décadrages dans un montage qui ferait passer La Mort dans la peau pour du Kubrick : admettons qu’il s’agit peut-être d’un effet de style destiné à traduire l’état d’ébriété dans lequel croupit Hancock, super-héros craspec, bourrin, vulgaire, alcoolo et misanthrope, haï par la population qu’il est censé protéger. Toujours est-il que cette entrée en matière refroidit sérieusement l’enthousiasme déjà très relatif avec lequel on découvre le film, et on craint dès lors que la suite soit une véritable torture pour les yeux.

Et puis, comme par miracle, la mise en scène s’aligne sur celle du Royaume : classique mais audacieuse, un peu trop téloche mais ambitieuse, d’une belle ampleur dans l’action et traitant les effets spéciaux (assurés par le vétéran John Dykstra) avec un souci de « réalisme » qui les ancre dans la narration sans les étaler plus que nécessaire. Le terrain idéal pour que puisse être racontée une histoire qui débute comme une sitcom à 150 millions de dollars blindée de gags franchement hilarants et de dialogues qui ne le sont pas moins, et qui bifurque soudain vers un deuxième acte frôlant la tragédie grecque. Aussi abrupte soit-elle, la cassure créée par ce twist scénaristique fait toute la valeur du film et le définit d’emblée comme bien plus qu’un simple blockbuster, ou plus exactement comme ce que devraient être tous les blockbusters : intelligent, drôle, émouvant et spectaculaire (essayez donc d’appliquer l’équation à Transformers, Iron Man ou L’Incroyable Hulk…).
|